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CNTS, devenu EFS et INTS

Paris

La première expérience de transfusion sanguine remonte à 1670. Un jeune médecin, Jean-Baptiste Denis, tente de soigner, à Paris, un malade mental par transfusion... de sang de veau. Le décès du patient amène le Parlement à interdire toute nouvelle tentative de transfusion.

C’est la découverte des groupes sanguins par Karl Landsteiner, en 1902 à Vienne, qui va ouvrir la voie à la transfusion sanguine moderne. Cependant, les tests de compatibilité sont encore trop longs.


Jean Dausset, médecin-transfuseur pendant la Seconde Guerre mondiale
“J’étais donc devenu médecin-transfuseur aux Armées. C'est notre ambulance qui aurait introduit le mot de réanimation dans le service de santé des Armées, une traduction de l'anglais rescucitation. La chirurgie de guerre est quelque chose d'affreux. Vous avez des ambulances qui arrivent pleines de blessés, le sang qui coule, on sort des morts et des blessés en vrac pour les ‘trier’. C'étaient mes premiers blessés, Allemands, Italiens, Arabes, etc. On les étalait dans la tente et mon rôle était de choisir les premiers à faire passer en salle d'opération. Que cela était dur ! Le critère était évidemment les chances de survie du blessé. Cela pouvait être un officier allemand avant un tirailleur marocain de chez nous. C'est cela le serment d'Hippocrate. Pour la collecte du sang, j'allais dans un camp de prisonniers italiens à côté et je proposais une boule de pain à des volontaires qui venaient avec moi et je les mettais à côté du blessé pour transfuser celui-ci avec l'appareil d’Arnaud Tzanck (transfusion bras à bras). On ne se préoccupait guère alors des hépatites ou du reste, mais on tenait naturellement compte du groupage ABO (facteur d'agglutination des globules rouges). On recevait aussi du sang du centre de transfusion d'Alger dirigé par le docteur Benhamou. Pour le transport, ce sang citraté était stocké dans des biberons d'enfants et je transfusais souvent le contenu de ces bouteilles aux blessés allemands qui ignoraient évidemment qu'il pouvait s'agir de sang arabe, noir ou juif.” Extrait de Jean Dausset, entretiens 1994, 2001
Suzy Mouchet (Inserm), Jean-François Picard (CNRS)


Pendant la Première Guerre mondiale, des transfusions sont effectuées sur les soldats : les champs de bataille seront également, face à tant de blessés à soigner d’urgence, des champs d’expérimentation pour les médecins. L’efficacité de l’acte transfusionnel est peu à peu démontrée. Les méthodes se professionnalisent et commencent à être appliquées, après la guerre, dans les hôpitaux.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Jean Dausset sera médecin-transfuseur.

Arnaud Tzanck (1886-1954), qui avait mis en place, en 1936, un service de transfusion sanguine d'urgence, devenu, en 1944, le service central de transfusion-réanimation de l'Armée, crée, en 1949, le Centre national de transfusion sanguine (CNTS) à l'hôpital Saint-Antoine à Paris. La première collecte mobile est organisée la même année pour répondre aux besoins en plasma d'ouvriers brûlés par l’explosion de leur usine. Ainsi, de retour en France, Jean Dausset y est affecté et y retrouve Marcel Bessis, avec lequel il s’initie à la recherche.

Dans ce centre, est pratiquée, presque quotidiennement, une toute nouvelle technique de transfusion révolutionnaire, l’exsanguino-transfusion, qui consiste dans le remplacement quasi-complet du sang d’un malade par du sang neuf. On y a recours pour sauver les nouveau-nés atteints de la maladie hémolytique, mortelle du fait d’anticorps développés par la mère (rhésus négatif) contre l’enfant (rhésus positif) qu’elle porte. Marcel Bessis et Jean Bernard seront les premiers, avec Jean Dausset, à appliquer cette technique à l'adulte, en particulier pour obtenir des rémissions chez les malades atteints de leucémies.

A l’époque, on ne donne pas son sang : on le vend. Arnaud Tzanck milite pour que le geste devienne gratuit et volontaire. En 1950, la Fédération nationale de donneurs de sang bénévoles est créée. Elle précède de deux ans le vote au Parlement de la première loi sur la transfusion sanguine, qui précise : “Le sang et ses dérivés ne sont pas des médicaments, ne constituent pas un bien du commerce, comme issus du corps humain.” Cette loi et ses circulaires d’application régissent l’organisation de la transfusion sanguine en France jusqu’en 1993.

Le Centre national de transfusion sanguine (CNTS) est d’abord localisé à l’hôpital Saint-Antoine dans le XIIème arrondissement, puis 6, rue Alexandre Cabanel dans le XVème au milieu des années 1970. Il procède au prélèvement du sang en vue de la constitution de banques de sang, effectue une analyse totale et un contrôle du sang prélevé, assure le transport du sang sur toute l'étendue du territoire national et réalise l'approvisionnement en produits sanguins des différentes formations sanitaires du pays. En outre, le CNTS réalise la fabrication de dérivés du sang. Il contribue aussi à la formation des personnels médicaux et participe aux études, ainsi qu'aux recherches se rapportant à l'usage du sang et à l'amélioration des soins.

Mais, suite à l’affaire dite du “sang contaminé”, l’organisation est modifiée et renforcée, notamment par la loi du 4 janvier 1993 relative à la sécurité en matière de transfusion sanguine et de médicament. Une nouvelle organisation est mise en place. L’Agence française du sang (AFS) est créée en 1993 et l’Institut national de la transfusion sanguine (INTS) en 1994. La création de ce dernier a représenté la concrétisation des volontés conjointes de l’AFS, de la Caisse nationale d’assurance maladie et du ministère de la Santé de promouvoir et d’optimiser les activités de recherche, de référence et de formation au sein du service public de la transfusion sanguine.

L’Etablissement français du sang (EFS) prend la suite de l'AFS, qui, elle-même, se substituait à un ensemble de près de 160 établissements divers (PTS, CDTS, CRTS, CNTS) de type associatif, hospitaliers, ou régis par un conseil général. L'EFS est créé le 1er janvier 2000 et placé sous la tutelle du ministère de la Santé. Son siège est à Saint-Denis. L’EFS comprend, en outre, 17 établissements régionaux, dont 14 en métropole et 3 dans les départements d'Outre-Mer. Il est chargé de collecter, préparer, qualifier et distribuer les produits sanguins labiles (sang, plasma, plaquettes) en France, en vue de leur transfusion. Il est le garant de la sécurité de la chaîne transfusionnelle, du donneur au receveur.

Contributions de l’Inserm à la recherche sur les sites du CNTS, puis de l’EFS et de l'INTS

Immuno-hématologie - Transfusion sanguine

Charles Salmon crée en 1967 l’unité de recherche Inserm 76 “Groupes sanguins et immuno-hématologie” qu’il dirige jusqu'en 1984. Il est un spécialiste mondialement reconnu en groupes sanguins, immuno-hématologie et génétique, ainsi que dans la pratique de la transfusion sanguine. Il mettra notamment en évidence les différents phénomènes immunitaires qui peuvent survenir après une transfusion sanguine.

Jean-Pierre Cartron, d’abord chercheur dans l’unité de Charles Salmon à partir de 1968, succède à celui-ci en 1985 et jusqu’en 2004. L’intitulé de l’unité devient “Glycoconjugués des cellules sanguines”, puis “Biologie des antigènes de groupes sanguins humains”. Les travaux de Jean-Pierre Cartron et de son équipe ont concerné essentiellement la biochimie et la biologie moléculaire des antigènes des groupes sanguins humains.

Yves Colin succède à Jean-Pierre Cartron à la direction de l’unité, devenue unité 665 “Protéines de la membrane érythrocytaire et des homologues non érythroïdes” de 2005 à 2013. Ses recherches visent à démontrer le rôle biologique et la fonction des antigènes de groupe sanguin portés par des protéines structurales, d’adhérence et de transport, identifiées notamment dans la membrane érythrocytaire. Depuis 2014, il dirige l’unité mixte Inserm 1134/université Paris Diderot-Paris VII/université de La Réunion/université des Antilles et de la Guyane "Biologie intégrée du globule rouge" à l'INTS à Paris. Les travaux de l’unité portent sur l’élucidation des structures géniques et protéiques des antigènes de groupes sanguins, l’analyse moléculaire de leurs polymorphismes et la compréhension des mécanismes moléculaires impliqués dans certains désordres héréditaires de la membrane érythrocytaire.

Immunogénétique

Claude Ropartz a dirigé l’unité 78 "Génétique des protéines humaines" de 1968 à 1982 au CNTS à Bois-Guillaume, sur les hauteurs de Rouen. Il a étudié la génétique et les fonctions de protéines impliquées dans la réponse immune : les irnmunoqlobulines, les constituants du complément (C3, facteur B), de même que la structure. Il a étudié également les fonctions des inhibiteurs de protéases du sérum (alpha-t-antitrvpsine. alpha-2-macroglobuline, inhibiteur inter-alpha de la trypsine).

Liliane Rivat-Peyran lui succèdera à la direction de l’unité, sous l’intitulé "Inflammation, complément et immunogénétique" de 1983 à 1984. Elle a exploré les protéines plasmatiques de l’inflammation et les inhibiteurs des protéases du sérum.

Marc Fontaine lui succède de 1985 à 1998, l’unité 78 s’intitulant alors "Complément et inflammation". Il a étudié l’implication du système des compléments, constitué de protéines du sérum, dans la réponse inflammatoire.

Daniel Hanau a dirigé l’unité 725 "Biologie des cellules dendritiques humaines" à l’EFS de Strasbourg de 2005 à 2012. Ses recherches ont été centrées sur l’étude des cellules dendritiques humaines, qui sont capables, en présentant des antigènes, de stimuler les lymphocytes T naïfs. Les travaux ont porté sur les molécules qu’elles expriment de façon quasi exclusive, comme les molécules présentatrices d’antigènes (CD1a, CD1b et CD1c) et les protéines (langerine, CD1e, TAP) impliquées dans la présentation des antigènes.

Maladies génétiques - Génétique des populations

Pierre Fernet a dirigé l’unité 92 "Informatique biomédicale" au centre régional de transfusion sanguinede Toulouse de 1969 à 1974. Il a développé des systèmes permettant d’informatiser les dossiers médicaux et de réaliser des calculs statistiques en génétique des populations.

Claude Ferec a dirigé l’unité 613 "Génétique moléculaire et génétique épidémiologique" de 2004 à 2011, devenue l’unité 1078 "Génétique, génomique fonctionnelle et biotechnologies" de 2012 à 2016 à l’EFS à Brest. Ses travaux ont visé à mieux comprendre les bases génétiques et physiopathologiques de maladies génétiques humaines, comme la mucoviscidose, l’hémochromatose, la pancréatite chronique héréditaire ou encore certaines pathologies mitochondriales.

Emmanuelle Genin dirige l’unité 1078 “Génétique, génomique fonctionnelle et biotechnologies” au CHU de Brest depuis 2017, succédant à Claude Férec. Elle travaille sur des personnes en bonne santé, afin que celles-ci puissent servir de population témoin pour les chercheurs qui travaillent sur différentes maladies. L’objectif est de déterminer si un variant génétique que l'on retrouve chez un malade est lié à sa pathologie ou seulement à son origine géographique. Elle a participé à l’élaboration du plan France médecine génomique, portant sur le  fonctionnement de l’organisme, d’un organe, d’une pathologie... 2025. Elle s’attèle à le concrétiser afin que le séquençage du génome puisse devenir un outil de diagnostic clinique efficace. Elle a été honorée par le prix Inserm de la recherche 2018.

Interaction hôte-greffon – Greffes-Transplantations

Pierre Tiberghien a dirigé l’unité 645 "Interaction hôte-greffon et ingénierie cellulaire et génique en transplantation" de 2004 à 2011 à l’EFS à Besançon. Ses travaux ont porté sur les aspects d'induction et de régulation des interactions hôte-greffon, le développement d'approches d'ingénierie cellulaire pour le traitement du cancer et sur l'exploration des réponses immunes au niveau cutané.

Philippe Saas lui a succédé en 2012, l’unité devenant l’unité 1098 " Interaction hôte-greffon-tumeur : ingénierie cellulaire et génique". Ses travaux porteront sur l’évaluation des interactions donneur-receveur dans la mise au point de greffes de cellules hématopoïétiques ou de rein et sur le développement d’approches d’immunothérapie cellulaire pour moduler les interactions donneur-receveur et améliorer l’efficacité des transplantations. Il développe également l’étude des interactions entre le système immunitaire et les cellules apoptotiques afin de proposer l’injection de cellules apoptotiques comme une alternative aux approches de thérapies cellulaires. Il dirige l’unité jusqu’en 2016.

Hémostase et thrombose

Jean-Pierre Cazenave a dirigé l’unité 311 "Biologie et pharmacologie des interactions du sang avec les vaisseaux, puis de l'hémostase et de la thrombose" de 1987 à 2002 au centre régional de transfusion sanguine de Strasbourg. Avec ses collaborateurs, il a étudié l’interaction des plaquettes avec les vaisseaux, les mécanismes de l’activation plaquettaire, et mis au point des modèles animaux pour mieux comprendre l’agrégation plaquettaire et la thrombose.

Christian Gachet a repris la direction de cette unité, devenue "Biologie et pharmacologie de l'hémostase et de la thrombose" de 2003 à 2008, puis dirige l’unité 949 "Biologie et pharmacologie des plaquettes sanguines" depuis 2009, à l’EFS de Strasbourg. Avec ses collaborateurs, il étudie les plaquettes sanguines, sur tous les aspects de biologie, génétique, pharmacologie, utilisation clinique et transfusion. Ils recherchent en particulier les mécanismes de la production plaquettaire et le rôle des plaquettes dans l’hémostase et la thrombose, et dans la transfusion. Leurs approches sont à la fois fondamentales et appliquées à des questions médicales.

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