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Raymond Latarjet

Médecin, physicien et radiobiologiste (1911-1998)

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Raymond Latarjet, d’abord physicien, puis médecin, a été pendant vingt ans le chef de file incontesté et prestigieux de la radiobiologie française et lui a donné un grand éclat international.

Il consacre ses thèses de doctorat ès sciences, et de médecine, aux ultraviolets et à leur atténuation par l’ozone atmosphérique. Par le calcul, il établit les relations entre l’épaisseur de la couche d’ozone  et l’activité génotoxique (mutagène et cancérigène) des ultraviolets solaires. Ce travail fut repris dans les années 1970.

En 1945, Raymond Latarjet est parmi les tous premiers jeunes scientifiques français à obtenir une bourse pour un séjour d'un an aux États-Unis. Séjour fécond puisqu'il y fait deux découvertes de premier plan et noue des liens avec les plus grandes équipes. Il va étudier les mutations virales provoquées par les ultraviolets et, avec Salvador Luria, l'un des fondateurs de la biologie moléculaire, ils démontrent la variabilité du pouvoir infectieux d’un bactériophage au cours de son cycle de multiplication. Ils introduisent une nouvelle méthode dans le cycle des virus, en établissant les courbes dites “Luria-Latarjet”, qui permettent l’étude du cycle intracellulaire d’un virus.


Les dates marquantes du parcours scientifique de Raymond Latajet

  • 1935 : S'intéresse aux fluctuations de l'ozone atmosphérique et aux conséquences des variations du rayonnement ultraviolet et solaire sur la vie des organismes.
  • 1945 : Séjourne aux Etats-Unis, dans le laboratoire de génétique de Cold Spring Harbor. Il entreprend de provoquer des mutations de virus (un bactériophage), en irradiant la cellule hôte au cours de la multiplication végétative de ce virus.
  • 1946 : Avec Demerec, montre l'apparition de radio-mutations différées chez Escherichia coli.
  • 1949 : Réussit la première mutation expérimentale d'un virus par irradiation, un travail qui permet de mieux comprendre les mutations naturelles qui interviennent dans les cellules.
  • 1954 : En collaboration avec Harriett Ephrussi-Taylor et N. Rebeyrotte, étudie les effets du rayonnement sur le matériel génétique. Ces recherches, qui portent sur le pneumocoque, mettent en évidence le rôle des péroxydes organiques et susciteront diverses études sur la radiochimie des acides nucléiques.
  • 1960 : Isole, avec son collaborateur J.-F. Duplan, un rétrovirus de souris.
  • 1970-1978 : mène une étude radiologique des virus lents : Kuru, Scrapie, Creutzfeld-Jacob. 
  • 1977-1984 : mène des recherches sur la Rad-équivalence de polluants chimiques génotoxiques.

Avec Milislav Demerec, généticien américain d’ascendance croate, il décrit l'apparition des radiomutations différées chez Escherichia coli,travail pionnier qui, un demi-siècle plus tard, continuera à passionner les radiobiologistes et à leur poser une énigme, celle de l'origine de cette instabilité génétique.

A partir de 1946 sa carrière va se dérouler  auprès d’Antoine Lacassagne, directeur de la section de biologie de l’Institut Curie, dont il a été le bras droit, puis le successeur en 1954.

Avec la découverte du rôle de l’ADN dans la vie cellulaire, la radiobiologie est alors en train de muter. Certains chercheurs abandonnent cependant cette discipline pour la biologie moléculaire. Raymond Latarjet comprend qu’avec le développement de l’énergie nucléaire et l’essor de la radiothérapie, la radiobiologie devient une discipline-clé. Il l’enseigne avec brio à l’Institut national des sciences et techniques nucléaires à Saclay et à l’Institut Curie. En même temps, il crée une équipe de recherche en biologie cellulaire et devient directeur de l’unité Inserm de physiopathologie et radiobiologie cellulaire en 1962. .

En 1970, il déterminera le spectre d’action de radiations ultraviolettes pour l’inactivation de l’agent de la tremblante du mouton (du groupe des encéphalopathies spongieuses transmissibles). Ce spectre d’absorption n’était pas celui d’un acide nucléique mais d’une protéine. En fut déduite l’hypothèse qu’une continuité génétique pouvait être assurée par des protéines, dont l'identification en tant qu’agent infectieux, le prion, date des années 1980.

Raymond Latarjet a été un esprit brillant, rigoureux, indépendant, n’admettant pas les dogmes et les idées reçues. Aventureux également il participera, aux côtés de Paul-Emile Victor, en 1948, à une expédition chargée de la construction au Groenland, de la première station française d'étude glaciologique.

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