toggle
ICON
Haut de page
Taille du texte
Ajouter au favoris
Imprimer
Envoyer à un ami
Partager

Benedita Rocha

Médecin, immunologiste, née le 24 février 1949

Présentation Biographie Entretiens et documents Publications

Benedita Rocha est à l’origine de nouveaux concepts qui ont fortement contribué à enrichir l’immunologie moderne et à améliorer la compréhension du système immunitaire. Notamment, elle a exploré l’homéostasie des populations lymphocytaires, en mettant à jour les mécanismes contrôlant le nombre et l’identité de ces cellules.

Au début des années 1970, Benedita Rocha est tout d’abord praticienne clinique au Portugal, puis réalise une thèse en immunologie à Glasgow en Ecosse. Elle y étudie les lymphocytes T suppresseurs, des lymphocytes indispensables à la régulation des réponses immunitaires. De retour au Portugal, elle enseigne l’immunologie à la faculté de médecine de Lisbonne pendant quelques années et développe en parallèle des travaux de recherche sur l’homéostasie lymphocytaire. Par une approche conceptuelle, elle postule l’existence de systèmes de régulation des lymphocytes qui maintiennent le nombre de cellules constant. L’envie de se consacrer à la recherche, la conduit à partir en France dans les années 1980 et à poursuivre sa carrière, principalement à l’hôpital Necker-Enfants malades de Paris.

Sa première contribution scientifique majeure concerne l’induction de la tolérance des cellules T en dehors du thymus. La tolérance permet au système immunitaire d’éviter une réaction agressive vis-à-vis de certains antigènes, comme les antigènes du soi et les antigènes non dangereux. Il était alors admis que l’induction de la tolérance des cellules T se faisait exclusivement dans des précurseurs immatures lors de leur différentiation dans le thymus, et que les cellules T matures ne pouvaient pas devenir tolérantes aux antigènes présents en périphérie. Elle estime ce concept peu vraisemblable et prend contact avec Harald Von Boehmer à l’institut d’immunologie du Basel Institute en Suisse, afin de tester cette hypothèse en réalisant des expériences sur des lignées spécifiques de souris transgéniques. Ce travail aboutit à la démonstration, en 1991, que les cellules T matures peuvent devenir tolérantes lorsqu’elles rencontrent un antigène en périphérie. Ce travail a ouvert la voie aux études sur la tolérance des cellules T à certains antigènes en dehors du thymus et a permis des applications médicales, notamment dans le domaine des maladies auto-immunes et de la lutte contre le VIH.

Elle met par la suite en évidence la différenciation des cellules T dans l’intestin. Il était admis que toutes les cellules T étaient générées et se différenciait dans le thymus. Cependant, en tirant parti de modèles de souris dépourvues de thymus, elle identifie des cellules T très inhabituelles, qui peuvent se différencier dans l’intestin, à partir de précurseurs immatures qui migrent du thymus vers l’intestin. Ces cellules présentent des règles anormales pour sélectionner leur répertoire. Par la suite, elle identifie le précurseur des cellules T intestinales, responsable de la production de l’ensemble des CD8 alpha/alpha de cellules T post-thymiques.

En collaboration avec Corinne Tanchot et Antonio Freitas, elle prouve que les lymphocytes T ont besoin de signaux pour survivre hors du thymus, et cela contrairement à ce que l’on pensait. En d’autres termes, les lymphocytes n’ont pas une durée de vie prédéterminée; ils peuvent mourir ou vivre en fonction des signaux qu’ils reçoivent. Elle démontre que la survie des cellules T périphériques est un phénomène actif, dépendant d’interactions continues entre le récepteur des cellules T et le complexe majeur d’histocompatibilité, alors que l’on pensait que ces interactions étaient uniquement présentes pendant la maturation des thymocytes dans le thymus. Ce travail, publié dans le journal Science en 1997, eut un impact majeur dans le domaine de l’immunologie fondamentale et a ouvert la voie à l’étude des signaux de survie périphériques.

Ces recherches ont été poursuivies par la démonstration qu’après une infection, les lymphocytes T dits naïfs changent de façon définitive pour devenir des lymphocytes T à mémoire, dotés de propriétés nouvelles. Cette démonstration que les cellules mémoire sont une entité distincte des cellules naïves clarifiait un débat difficile, puisqu’il était jusqu’alors impossible d’identifier le même clone des cellules naïves et de les comparer au même clone de cellules mémoire. Benedita Rocha met alors au point une stratégie à partir de croisements de souris transgéniques pour montrer que cellules naïves et cellules mémoire possèdent les mêmes récepteurs des cellules T (TCR) et peuvent donc être comparées. Cette stratégie est désormais couramment utilisée. Elle a également développé un modèle de souris, qui permet d’étudier la mémoire immunologique en réduisant la charge d’antigènes et en introduisant son apport progressif. Cette démarche lui a permis de démontrer la différenciation des lymphocytes T-CD8 naïfs en lymphocytes mémoire. Ce travail a été suivi par l’identification de la multiplication, de la survie et des capacités effectrices propres aux cellules mémoire. Pour finir, elle a établi que l’aide des cellules CD4 est fondamentale pour générer des cellules CD8 mémoire.

Pendant tous ces travaux sur la réponse immune, Benedita Rocha était consciente des limitations possibles des études de différentiation des lymphocytes T cytotoxiques (lymphocytes T CD8), liée à l'incapacité à prévoir le déroulement d’une infection ou l’efficacité d’un protocole d'immunisation. Cela l’a conduite à créer une méthodologie alternative permettant d’étudier le comportement des cellules T à partir de cellules issues de patients (approche ex vivo). Cette méthode, qui permet de quantifier simultanément l'expression de 20 gènes différents pour chaque cellule, a été brevetée. Elle a permis d'identifier trois types de cellules effectrices lors des réponses immunitaires et de faire des études chez l’homme, notamment sur l’effet de l’infection à VIH sur les fonctions des cellules T-CD8.

En contradiction avec le dogme de la durée de vie courte des thymocytes, elle a démontré que les thymocytes peuvent persister et se différencier sans un apport constant des précurseurs de la moelle osseuse. Ce travail a eu un impact important sur les applications cliniques de la transplantation du thymus pour corriger certaines déficiences de cellules T congénitales ou acquises, suite à des thérapeutiques anti-cancéreuses.

Les recherches actuelles de Benedita Rocha sont axées sur les mécanismes associés à la génération efficace de la mémoire immunologique, à l’hôpital Necker-Enfants malades.

Voir Modifier Créer ici
Facebook Twitter Google+ Linkedin Viadeo Delicious StumbleUpon Evernote Scoop it Netvibes