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De l'INH à l'Inserm

De la santé publique à la recherche médicale

L’Inserm, de 1964 à nos jours L'institut national d'hygiène Organisation de l’Inserm Les prix Inserm Les directeurs d’unité de recherche 50 ans de l'Inserm

Au lendemain de la guerre, vers un essor de la recherche médicale

Le professeur Robert Debréa joué un rôle majeur dans la modernisation de la médecine et de la recherche médicale française. Grand clinicien et visionnaire, il dirigeait depuis les années 1930 le service de pédiatrie de l’hôpital des Enfants malades à Paris, où il avait introduit les premiers laboratoires de recherche en milieu hospitalier. Au lendemain de la guerre, il y installe notamment ceux de Georges Schapira (future unité de recherche 15 de l’Inserm en pathologies moléculaires) et de Jean Frézal (future unité de recherche 12 de l’Inserm de génétique médicale). C’est grâce à lui que l’hôpital des Enfants malades sera le creuset de la biologie et de la génétique moléculaire, avec ces médecins pédiatres de Necker. Robert Debré choisissait délibérément des personnes qui puissent faire le pont entre la clinique et la recherche. Dans un projet de modernisation de la médecine et du système de santé français, qu’il avait déjà élaboré pendant la guerre, il insistait sur le fait que cette indispensable modernisation ne pouvait se faire en dehors de la clinique.

Au début de 1946, nommé à la présidence du conseil d’administration de l’INH, Robert Debré supervise la mise en place d’un "comité d'études sanitaires de la Sécurité sociale" destiné à financer la recherche médicale et, notamment, l’Institut. Première tâche importante en tant que président, redéfinir la mission de l’Institut et seconde, au lendemain de la démission d’André Chevallier de ses fonctions de directeur de l'INH, pourvoir à son remplacement.

En avril 1946, la direction échoit à Louis Bugnard, agrégé de médecine et polytechnicien, professeur de biophysique à Toulouse, ancien Rockefeller Fellow, dont la première tâche est de poursuivre les actions menées, c'est-à-dire rémunérer des médecins-chercheurs et financer des laboratoires.

L’INH est doté d’un conseil scientifique le 18 mai 1946.

Louis Bugnard : former des médecins chercheurs

Le premier effort de Louis Bugnard sera de constituer un corps de médecins-chercheurs. Un décret du 8 avril 1947 aligne le statut des chercheurs de l’INH sur celui de leurs homologues du CNRS. Un lien étroit se tisse ainsi entre les deux organismes, lien qui sera renforcé lorsque Louis Bugnard est nommé, en 1950, président de la commission de médecine expérimentale du CNRS. L’INH compte alors une centaine de personnes, parmi lesquelles des cliniciens de grand talent tels qu’Alexandre Minkowski, Jean-Louis Funck-Brentano, Constant Burg et Philippe Laudat (ces deux derniers deviendront plus tard directeurs généraux de l'Inserm) et, dans le domaine de la cancérologie, Georges Mathé, Maurice Tubiana et Lucien Israël. Grâce à ses contacts avec la recherche anglo-saxonne, notamment avec les fondations Rockefeller et Ciba ou avec le Fullbright Fund, Bugnard passe des conventions avec ces institutions et met en place un dispositif de bourses ; cela lui permet d’envoyer chaque année, à partir de 1946, deux jeunes internes de Paris et de province sélectionnés parmi les meilleurs, parfaire leur formation aux Etats-Unis et, en même temps, d’en ramener des moyens techniques précieux pour moderniser la recherche médicale française. Il s’agit d’une véritable révolution intellectuelle. L’ouverture vers l’international va ainsi se développer.

En janvier 1953, lorsque Bugnard présente le programme de développement de l’INH devant le Conseil économique et social, il évoque le poids du modèle américain dans la modernisation de la médecine française.


"C’est aux Etats-Unis, en particulier, que nos jeunes travailleurs ont appris les techniques d’utilisation des radio-isotopes au laboratoire et à l’hôpital, les procédés nouveaux de l’électro-encéphalographie et de la neurophysiologie, les méthodes d’exploration fonctionnelle cardio-vasculaires, les techniques récentes de biochimie, etc. (1953, Louis Bugnard)


En étroite concertation avec le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Louis Bugnard développe l’utilisation des marqueurs isotopiques, indispensables à la biologie cellulaire ; en thérapeutique, il participe à la création des premières grandes installations pour le traitement du cancer (tel un bêtatron à Villejuif, en 1948) ; enfin, il organise un enseignement destiné aux médecins utilisateurs de radio-éléments. L’INH contribue ainsi à développer une dosimétrie destinée aux travailleurs de l’industrie nucléaire, tout en participant à l’étude des retombées radioactives provoquées par les explosions atomiques russes et américaines. L’Institut devient l’un des principaux correspondants nationaux de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et suscite, en 1956, la création du Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI) qui sera dirigé par Pierre Pellerin.

Cependant, du fait de la modestie de ses moyens, mais également de la priorité accordée à la physique médicale, l’INH ne répondait pas vraiment aux attentes de la recherche médicale. Par ailleurs, les initiatives et les efforts de Louis Bugnard pour convaincre les Pouvoirs publics d’accompagner la profonde mutation dans laquelle était entrée la recherche médicale étaient restés vains. En effet, si jusqu’alors, les problèmes de santé publique avaient été le moteur principal de l’organisation de cet institut et du progrès médical, désormais, c’est la biochimie, l’immuno-hématologie, la biologie cellulaire puis moléculaire, la génétique expérimentale, qui vont ouvrir de nouvelles et extraordinaires perspectives à la pathologie et à la thérapeutique.

La recherche médicale à l’hôpital : l’Association Claude-Bernard

Durant ces mêmes années 1950, apparaît une nouvelle génération de cliniciens hospitalo-universitaires conscients de l’enjeu majeur de l’introduction de ces disciplines nouvelles dans la médecine. Ils constituent le Club des 13 et vont inscrire la recherche médicale dans la véritable révolution que connaissent alors les sciences du vivant. Parmi eux, Jean Bernard, Jean Hamburger, René Fauvert, Raoul Kourilsky, Gabriel Richet, notamment, qui s'intéressent désormais aux "maladies des matériaux" (selon l’expression de Jean Hamburger), tels les cancers, les affections rénales, les maladies cardiovasculaires, les allergies…, les maladies infectieuses paraissant désormais en voie d’éradication grâce aux nouveaux traitements.

Ces cliniciens considèrent que l’INH ne peut soutenir la « vraie recherche médicale », telle qu’ils l’entendent désormais, et ils vont œuvrer pour la création de l’Association Claude-Bernard, destinée à doter les hospitalo-universitaires de laboratoires de recherche installés à proximité de leurs services hospitaliers. L’Association est constituée à l’instigation du professeur Raoul Kourilsky, chef du service de pneumologie à l'hôpital Saint-Antoine et du docteur Xavier Leclainche, directeur de l’Assistance publique de Paris. Elle est créée en décembre 1956 dans l’objectif d’installer des laboratoires de recherche en milieu hospitalier. L’entreprise est menée en collaboration avec l’INH puis, ensuite, avec l’Inserm. Robert Debré en sera membre d’honneur et premier président du conseil scientifique.
Des centres de recherche médicale sont ouverts dès la création de l’Association Claude-Bernard, presque tous appelés à devenir des unités de recherche de l’Inserm.

Les centres de recherche créés par l’Association Claude-Bernard avec l’INH puis l’Inserm
1952-1959

1960-1962

1958, la réforme du système médical français, la réforme Debré

En 1958, le Général de Gaulle est de retour au pouvoir. Il a la formidable volonté politique de hisser la recherche et les technologies françaises à leur plus haut niveau.
C’est alors que va être lancée la réforme de la médecine. Celle-ci est initiée par un petit groupe de cliniciens-chercheurs, qui avaient compris le terrible déficit de la France en matière de recherche biologique et médicale et l’absolue nécessité d’en moderniser le système médical. C’est l’action résolue de ces jeunes déterminés que l’on appelait "jeunes turcs" et dont Jean Dausset est l’un des plus actifs, qui va permettre la mise en place de la « réforme » par ces grands personnages que sont Pierre Mendes-France, Robert Debré, Charles de Gaulle et Michel Debré. Les jeunes turcs se rendent en délégation au domicile de Robert Debré. Jean Dausset, porte-parole du groupe, explique son projet et son plan. "Debré nous a presque embrassés en nous appelant ses ‘cadets’. Il avait 72 ans ! C'est à l'occasion de cette visite qu'il nous a exposé les vues que lui avait inspiré le début de sa carrière à Strasbourg, où il avait connu le plein temps hospitalier "à l'allemande", la fusion des carrières hospitalières. Il a ainsi pris les choses en main de manière fantastique. Il est évident que nous n'aurions pu aboutir sans son soutien", raconte Jean Dausset.

Ainsi, la réforme hospitalière, dite réforme Debré, se concrétise par l’Ordonnance du 30 décembre 1958, signée par le Général de Gaulle. Elle donne lieu à la création de centres hospitaliers et universitaires (CHU), à la réforme de l’enseignement médical et au développement de la recherche médicale. L’objectif est de réunir en un même lieu les fonctions de soin, d’enseignement et de recherche.

Elle crée un corps de professeurs hospitaliers et universitaires plein temps (PU-PH), qui devront assurer, au moins en théorie, la triple fonction de soins, d’enseignement et de recherche. En 1960, la réforme est complétée par un décret qui prévoit de réserver, dans chaque CHU, 50 mètres carrés à la recherche.

L'avènement de la Vème République et la Délégation générale à la recherche scientifique et technique (DGRST)

C’est un tournant majeur dans l’organisation de la recherche scientifique française. A l’aube des années 1960, il s’agit d’inscrire celle-ci dans les préoccupations d'indépendance nationale chères au général de Gaulle, mais aussi de répondre à l'obligation invoquée par le Commissariat général au Plan de resserrer les liens entre la recherche et une économie en pleine expansion.
Telle est la tâche dévolue à la DGRST, institution directement rattachée au Premier ministre, ainsi qu’à un comité des sages (CCRST), petite assemblée d’experts chargée de fixer les grandes orientations de la recherche. Celle-ci est mise en place en 1959 pour gérer l’ensemble du budget de la recherche publique française. Avec un budget de 400 millions de francs la première année, soit une augmentation de 170% par rapport à l'année précédente, la DGRST lance des "actions concertées" destinées à irriguer de nouveaux champs de recherches. Sur les douze premières actions concertées, cinq concernent la médecine et la biologie : neurophysiologie et psycho-pharmacodynamie, nutrition, applications de la génétique, cancers et leucémies, biologie moléculaire.

La nouvelle administration se penche sur le fonctionnement des grands établissements scientifiques et notamment sur celui de l'INH que sa mauvaise gestion budgétaire a placé dans son collimateur.

Ainsi, en 1959, une commission de réforme administrative diligentée par la DGRST fait le constat de la mauvaise tenue de la comptabilité de l’Institut. Par ailleurs, l’un des problèmes restés mal résolus concerne les règles de cumul applicables aux chercheurs : les investigations menées par l’administration fiscale révèlent qu’un tiers des 350 chercheurs rémunérés entre 1946 et 1955 par l’INH disposent, ou ont disposé, d’une clientèle privée, certains cas étant montés en épingles.

En conclusion de son rapport, la commission suggère donc le démembrement de l’INH et le transfert de la part de ses activités qui n'ont qu’un trop lointain rapport avec la clinique et les soins à donner aux malades au CNRS ; elle suggère également le transfert des enquêtes épidémiologiques au ministère de la Santé. Évidemment, la proposition est jugée inacceptable place de Fontenoy, au siège du dit ministère, où l’on ne saurait abandonner toute autorité sur la recherche. De leur côté, les cliniciens, Robert Debré en tête, ne sont pas davantage disposés à se laisser déposséder. Clairement, il s'agissait de permettre à la médecine française d'avoir sa propre recherche.

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