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De l'INH à l'Inserm

De la santé publique à la recherche médicale

L’Inserm, de 1964 à nos jours L'institut national d'hygiène Organisation de l’Inserm Les prix Inserm Les directeurs d’unité de recherche 50 ans de l'Inserm

Les grandes avancées - Néonatologie : 50 ans pour passer de rien à… presque tout

Alors qu’un grand prématuré n’avait quasiment aucune chance de s’en sortir il y a 50 ans, il peut aujourd’hui prétendre à vivre et à grandir normalement. Un fossé que des médecins-chercheurs de l’Inserm ont contribué à combler. Le Pr Pierre‑Henri Jarreau, responsable du service de Médecine et réanimation néonatales Port-Royal (Hôpital Cochin, Paris) retrace cette épopée.

Dans les années 50, la prise en charge des prématurés était pour ainsi dire inexistante et 85 % des nourrissons pesant moins de 1,5 kg à la naissance mourraient. Aujourd’hui, ils sont 85 % à sortir vivants de l’hôpital, le plus souvent sans séquelles. C’est dire les progrès extraordinaires réalisés au cours du demi-siècle écoulé, cinquante années qui ont marqué l’avènement de la médecine du nouveau-né ou "néonatologie".

Réanimation et assistance respiratoire

Le grand bond en avant pour ces enfants repose sur la mise au point, au début des années 60, de techniques de réanimation et d’assistance respiratoire permettant de sauver les nouveau-nés en détresse vitale. Le fondateur de la réanimation pédiatrique en France est Gilbert Huault, qui sut adapter aux enfants les techniques utilisées en réanimation adulte. L’intubation prolongée avec des sondes trachéales adaptées, le contrôle des gaz du sang et la ventilation assistée sauvent des vies.

Prématurité : nouveau-né en couveuse. © Inserm, M. Depardieu

Prématurité : nouveau-né en couveuse.

Dans les années 80, le bénéfice d’une corticothérapie anténatale administrée à la mère en cas de menace d’accouchement prématuré est démontré. Elle deviendra un standard de traitement dans le milieu de la décennie suivante. Ce traitement accélère la maturation pulmonaire de l’enfant à naître et réduit la mortalité et les complications neurologiques, notamment le risque d’hémorragies intracrâniennes (intra-ventriculaires). Depuis le début des années 90, des surfactants exogènes (développés dans les années 80) sont en outre administrés après la naissance afin de pallier à l’immaturité pulmonaire des prématurés.

Sur le plan nutritionnel, les connaissances relatives aux apports nécessaires aux enfants prématurés ont également progressé. Elles ont permis de proposer des solutés de perfusion et des laits adaptés, répondant au mieux aux besoins spécifiques de ces enfants et à leur développement cérébral.

Enfin, la mise en place d’une nouvelle organisation des soins, grâce aux données de l’épidémiologie périnatale, a considérablement amélioré le pronostic de ces enfants : la distinction des maternités en trois catégories permet aux femmes menacées par une naissance trop précoce d’accoucher dans des centres de type 3, parfaitement équipés pour une prise en charge optimale et immédiate des grands prématurés.

L’Inserm, acteur majeur de ces progrès

"Cette évolution impressionnante est le fruit de l’énergie et de la conviction de quelques hommes parmi lesquels plusieurs chercheurs de l’Inserm. Ils ont su mettre en évidence les spécificités physiologiques et physiopathologiques des nouveau-nés, en particulier des prématurés, permettant d’améliorer l’approche médicale, explique Pierre‑Henri Jarreau. Alexandre Minkowski a été un pionnier du domaine dans les années 50. Il a importé la néonatologie des Etats-Unis. Il a organisé le premier centre de soins pour nouveau-nés à la clinique obstétricale Baudelocque à Paris, puis le premier centre de soins intensifs destinés aux nouveau-nés à Port-Royal. Très vite, d’autres grands centres de néonatologie ont émergé, avec à leur tête Bernard Salle à Lyon, Paul Vert à Nancy ou encore Pierre Lequien à Lille.

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Grands prématurés, entre progrès et questions - Durée 5 min. 47 sec.

"L’activité clinique d’Alexandre Minkowski est rapidement associée à la recherche, avec la création du laboratoire "Biologie du développement fœtal et néonatal"qui deviendra l’unité 29 de l'Inserm en 1964. Les travaux du laboratoire aident à mieux comprendre les pathologies présentées par les prématurés. Cette étape marque les débuts de l’étude de la néonatologie et de la prématurité en France", résume le chercheur. D’autres laboratoires voient ensuite le jour et les publications se multiplient. Les recherches portent sur le développement cérébral, domaine où la France continue d’exceller grâce aux travaux de l’équipe de Pierre Gressens, ou encore sur le développement pulmonaire, avec par exemple les travaux de Jacques Bourbon sur le surfactant.

Au-delà de la néonatologie, l’attention se porte sur la périnatologie, associant obstétrique et pédiatrie. Ainsi, les mécanismes associés à la prématurité et ses facteurs de risque sont étudiés par Emile Papiernik et d’autres chercheurs qui se consacrent à l’épidémiologie. Claude Rumeau-Rouquette effectue par exemple les premières recherches françaises en épidémiologie périnatale. Elle fondera l’unité 149, consacrée à l’épidémiologie de la santé de la mère et de l’enfant.

Les séquelles neurologiques, défi pour demain

En 2014, le bilan est sans appel. Plus de 85 % des prématurés modérés ou tardifs (nés entre 32 et 36 semaines d’aménorrhée) et des grands prématurés (nés entre 28 et 32 semaines) pesant plus de 1,5 kg à la naissance survivent. Les prématurés d’âge gestationnel plus faible, nés entre 24 et 27 semaines d’aménorrhée et pesant moins d’un kilo, survivent également dans 70 % des cas (50 % à 25 semaines d’aménorrhée, 75 % à 26 semaines), parfois au prix de séquelles qui posent un problème éthique important vis-à-vis de l’enfant, de sa famille et de la société. "La prise en charge des détresses respiratoires a fait des progrès considérables. Le grand défi reste les complications neurologiques qui sont devenues la première cause de décès des grands prématurés dans beaucoup d'unités de soins. En outre, malgré les progrès importants en neuroimagerie et en neurosciences, le pronostic neurologique et développemental des grands prématurés reste toujours incertain", selon Pierre-Henri Jarreau.


Informations complémentaires


De fait, la recherche se tourne aujourd’hui vers le devenir de ces enfants qui n’auraient peut-être pas vu le jour il y a 50 ans. L’équipe Inserm U953 (qui a succédé à l’unité 149) va ainsi suivre le développement d’enfants nés grands prématurés en 2011 jusqu’à l’âge de 12 ans (cohorte Epipage2 ). Elle espère en tirer des informations précieuses sur l’efficacité des soins ou sur les facteurs de risque de séquelles liées à la prématurité.

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