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De l'INH à l'Inserm

De la santé publique à la recherche médicale

L’Inserm, de 1964 à nos jours L'institut national d'hygiène Organisation de l’Inserm Les prix Inserm Les directeurs d’unité de recherche 50 ans de l'Inserm

Les grandes avancées - En 50 ans, les maladies rares ont acquis le statut de vedettes

En un demi-siècle, les maladies rares sont sorties de l’ombre. Elles constituent aujourd’hui un vivier pour la recherche scientifique, avec des progrès fondamentaux et cliniques qui bénéficient aux patients. Le Dr Ségolène Aymé, directrice de recherche émérite à l’Inserm et fondatrice du site Orphanet, nous aide à comprendre les raisons de cet essor incroyable.

Ségolène Aymé, directrice de recherche à l'Inserm SC11 © Inserm, F. Guénet

Ségolène Aymé, directrice de recherche à l'Inserm SC11

"Les maladies rares qui affectent au total des millions de gens, sont une mine pour la recherche médicale. Elles constituent un terreau extraordinaire pour mieux comprendre les mécanismes du vivant et bénéficient d’un intérêt sans précédent du monde académique et industriel avec l’émergence de nouveaux traitements" : voilà le message unanime de la communauté scientifique sur ces maladies.

Quel chemin parcouru en 50 ans ! Dans les années 60, les patients atteints par ces pathologies qui touchent chacune moins d’une personne sur deux milles étaient en effet quasiment des laissées pour compte. Compte tenu de leur rareté, ces maladies n’intéressaient pas grand monde en dehors des généticiens. Seuls quelques cliniciens répertoriaient systématiquement les cas de transmission familiale dans des bases de données comme OMIM (Online Mendelian Inheritance in Man) aux Etats-Unis ou Gendiag, une base créée à l’Inserm en 1974 et qui allait devenir, vingt ans plus tard, Orphanet. Alors, comment ces maladies sont-elles finalement parvenues sur le devant de la scène ?

Le boom du programme Génome Humain


Les maladies rares en pratique
Une maladie est dite rare si elle touche en théorie moins d’une personne sur 2 000, mais la plupart d’entre elles n’affectent que quelques patients dans le monde. Ces pathologies sont très nombreuses : plus de six milles ont été décrites à ce jour et deux à trois cents supplémentaires sont caractérisées chaque année. Au total, elles concernent donc plusieurs millions de personnes dans le monde, dont environ trois millions en France. Les deux-tiers de ces maladies se révèlent au stade de l’enfance et sont donc des maladies pédiatriques. La plupart sont d’origine génétique, les autres sont des maladies auto-immunes, des cancers rares ou encore des maladies infectieuses. Ces maladies sont très hétérogènes, se rencontrent dans tous les secteurs de la médecine et sont souvent graves, chroniques et évolutives.


L’histoire démarre véritablement en 1990, en plein boom de la génétique. La communauté internationale décide de lancer le programme "Génome Humain", afin d’établir une carte des gènes sur les chromosomes. C’est à ce moment précis que tous les regards se tournent vers les maladies rares car elles sont très souvent liées à la transmission d’un gène malade unique. Dès lors, les familles touchées par ces pathologies s’avèrent indispensables pour identifier le gène muté, le localiser sur les chromosomes et, surtout, pour clarifier son rôle en fonction des symptômes observés. La France, notamment l’Inserm, la Fondation Jean Dausset et l’Association Française contre les Myopathies-Téléthon, ont joué un rôle majeur dans ce programme. "Cette étape a marqué l’entrée fracassante des maladies rares dans la recherche par leur intérêt scientifique", estime Ségolène Aymé.

Caryotype humain. Les chromosomes, par paire, possèdent des bandes de coloration caractéristiques © Inserm, Alpha Pict, D. Caro

Caryotype humain. Les chromosomes, par paire, possèdent des bandes de coloration caractéristiques

Face à la montée en puissance de la caractérisation de ces maladies, Ségolène Aymé profite de l’arrivée d’internet et de l’engouement qu’il suscite pour créer, en 1997, une vaste base de données Inserm accessibles à tous : Orphanet. Toutes les maladies rares connues y sont référencées, documentées et accompagnées des coordonnées des experts de ces pathologies afin de renforcer les liens entre chercheurs et cliniciens. A ses débuts, la base comptait environ 2 000 fiches. Aujourd’hui, plus de 6 000 pathologies y figurent et plusieurs centaines sont nouvellement inscrites chaque année. Autant dire qu’Orphanet est devenue une référence mondiale en la matière, entretenue et mise à jour en permanence par une cinquantaine de chercheurs, à partir des publications scientifiques.

 

L’ère du clonage et des décisions publiques

Stand Inserm au Medec 2001. Page d'acceuil du serveur Orphanet, base de données sur les maladies rares et sur les médicaments orphelins © Inserm, M. Depardieu

Stand Inserm au Medec 2001. Page d'acceuil du serveur Orphanet, base de données sur les maladies rares et sur les médicaments orphelins

Un second souffle est apporté à la connaissance de ces maladies dans les années 2000, avec l’arrivée des techniques de clonage. Grâce à elles, il devient en effet possible de produire un nombre infini de copies d’un gène pour pouvoir l’étudier. De nombreux mécanismes sont alors décrits. "La recherche s’est vraiment accélérée à ce moment-là, avec des publications de grande qualité à l’Inserm et ailleurs, explique Ségolène Aymé. Les chercheurs ont constaté que l’étude des maladies rares permettait de décrire des gènes, des protéines et des mécanismes biologiques fondamentaux pour la compréhension du vivant et celle de maladies plus fréquentes".

Ces progrès s’accompagnent en parallèle d’avancées thérapeutiques majeures, réalisées grâce à une législation très incitative. Dès 2000, quelques années après les États-Unis, l’Europe se dote en effet d’un système motivant, appelé Règlement Médicaments Orphelins. Il permet aux industriels qui s’engagent dans le développement de solutions thérapeutiques, malgré la petitesse de ces "marchés", d’obtenir un retour sur investissement. Résultat : plus de 70 nouveaux produits ont vu le jour depuis lors.

Ces maladies bénéficient en outre du soutien du Ministère en charge de la santé depuis 2004, date à laquelle elles ont été retenues comme l’une des cinq priorités de la Loi de santé publique. Le gouvernement a lancé deux plans successifs, de 2005 à 2008 puis de 2011 à 2014, pour améliorer l’organisation des soins et la recherche. Plusieurs avancées ont profité aux patients comme la désignation et le financement de 131 centres de références maladies rares, le soutien d’un service d’information public, "Maladies Rares Info Services", la création d’une Fondation Maladies Rares de coopération scientifique, ou encore le financement de cohortes maladies rares.


Informations complémentaires


Hugues Parrinello, à la plateforme GenomiX (IBISA), séquençage à haut débit de puces à ADN (Microarrays). Institut de Génomique Fonctionnelle (IGF), Montpellier. © Inserm, P. Latron

Hugues Parrinello, à la plateforme GenomiX (IBISA), séquençage à haut débit de puces à ADN (Microarrays). Institut de Génomique Fonctionnelle (IGF), Montpellier

"Aujourd’hui, nous sommes rentrés dans une troisième ère : celle du séquençage à haut débit, selon Ségolène Aymé. Chaque patient pourra bientôt connaître son profil génétique. Cela rendra possible l’identification précise de la ou les mutations en cause dans sa maladie, et la mise en place d’une prise en charge la plus adaptée possible". L’installation progressive de plateformes de génétique moléculaire dans le système de santé et la création à venir d’un centre national de séquençage à très haut débit devrait permettre de franchir ce nouveau cap dans les années à venir.

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