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De l'INH à l'Inserm

De la santé publique à la recherche médicale

L’Inserm, de 1964 à nos jours L'institut national d'hygiène Organisation de l’Inserm Les prix Inserm Les directeurs d’unité de recherche 50 ans de l'Inserm

Les grandes avancées - De l’obésité aux maladies du tissu adipeux

Maladie de l’adaptation aux récentes évolutions des modes de vie, l’obésité n’est plus considérée comme une simple conséquence de la "gloutonnerie" : les recherches des dernières décennies ont montré qu’il s’agit d’une maladie chronique liée à l’altération du dialogue entre le tissu adipeux et le reste de l’organisme. Et les facteurs à l’origine de cette altération sont loin de se résumer à la nutrition.

Imagerie en fluorescence de cellulles endothéliales fraichement isolées de tissus adipeux humain au laboratoire du département © Inserm, P. Latron

Imagerie en fluorescence de cellulles endothéliales fraichement isolées de tissus adipeux humain

L’obésité et le surpoids concernent aujourd’hui 35 % des adultes dans le monde et les complications associées à l’excès de poids, notamment le diabète et les maladies cardiovasculaires, entraînent le décès d’au moins 2,8 millions personnes chaque année. Devenue

un problème majeur de santé publique dans les pays riches comme dans les pays en développement, l’obésité, ses déterminants, ses conséquences, sa prise en charge et les moyens de la prévenir font donc aujourd’hui partie des sujets de recherche qui mobilisent. Mais il n’en a pas toujours été ainsi.

"Nous devons la définition médicale moderne de l’obésité aux compagnies d’assurance", explique Arnaud Basdevant, nutritionniste et chercheur*, président du Plan National Obésité lancé en 2010. C’est en effet un assureur américain qui, dans les années 50, a pour la première fois défini un seuil à partir duquel un excès de masse grasse va entraîner des inconvénients pour la santé et réduire l’espérance de vie. "Mais ce facteur de risque n’intéressait guère. La maladie était rare et ne semblait concerner que les Etats-Unis. Dans les années 80, la maladie a fini par gagner la Grande-Bretagne, puis l’Europe. Et finalement, dans les années 90, cette épidémie a frappé la quasi-totalité de la planète, y compris de nombreux pays en développement. Ce nouvel impact médico-économique a crédibilisé la maladie et les recherches s’y rapportant" poursuit le spécialiste.

Le tissu adipeux, bien plus complexe qu’on l’imaginait

Adipocytes en culture - © Inserm, U342

Adipocytes en culture

Longtemps, l’obésité s’est résumée à un problème de bilan énergétique conduisant à une inflation des réserves stockées dans le tissu graisseux. Le décryptage des mécanismes à l’origine de cette inflation doit beaucoup à des chercheurs de l’Inserm, en particulier à l’équipe dirigée par Max Lafontan puis Dominique Langin, à Toulouse. Jusqu’alors considéré comme une simple "éponge à graisse", le tissu adipeux s’est révélé être un organe d’une grande complexité dont le rôle ne se limite pas au stockage : "Il reçoit des informations, en particulier en provenance du cerveau et du tube digestif. Il produit aussi de nombreuses substances qui sont autant de signaux qu’il adresse lui-même au système nerveux central, au foie, aux muscles, au cœur, aux vaisseaux, à l’intestin… Chez la personne obèse, ce dialogue est altéré avec une double conséquence : une dérive du poids et la survenue de complications".

Dans la foulée, l’application de la biologie moderne à l’analyse du tissu adipeux a permis de découvrir que les adipocytes, les cellules qui stockent les lipides, ne représentent qu’un tiers des cellules présentes dans ce tissu ! Pour le reste, on y trouve notamment des cellules souches, des cellules du système immunitaire, des cellules vasculaires, des terminaisons nerveuses… Et comme l’ont montré de nombreuses équipes, notamment à l’Inserm, le tissu adipeux des personnes obèses ne se distingue pas uniquement par son volume : il est caractérisé par une inflammation et par la production de nombreuses substances nommées adipokines. "L’inflammation conduit à de la fibrose, un facteur de résistance à la perte de poids, et les adipokines vont générer des complications à distance", explique Arnaud Basdevant. Reste à comprendre ce qui déclenche ces bouleversements.

Une maladie aux déterminants multiples

L’identification des facteurs impliqués dans le développement et l’installation de l’obésité, loin d’être achevée, est aujourd’hui un des plus gros enjeux de la recherche sur cette pathologie. Prévenir le développement de la maladie est en effet primordiale si l’on veut enrayer l’épidémie mondiale.

Les modifications de l’alimentation et la réduction de l’activité jouent un rôle incontestable dans l’émergence récente de l’obésité. Mais ces facteurs nutritionnels ne suffisent pas à tout expliquer. Si de nombreux gènes de susceptibilité à la maladie ont été découverts depuis les années 1990, le rôle de l’environnement semble largement aussi important. Des expositions et des événements précoces ont manifestement leur importance, y compris ceux qui surviennent avant la naissance, voire avant la gestation. L’influence de l’alimentation maternelle est par exemple analysée par Marie-Aline Charles dans le cadre de l’étude Elfe. Le rôle de la flore intestinale et des signaux adressés par le tube digestif au tissu adipeux et au système nerveux central est une autre thématique de recherche particulièrement prometteuse. La neurobiologie est également sollicitée.

Tout aussi importantes sont les recherches conduites sur la capacité du tissu adipeux à « recruter » de nouvelles cellules sous l’influence de certains nutriments, de facteurs nerveux ou hormonaux. Enfin, les sciences humaines et sociales sont sollicitées pour comprendre les déterminants sociétaux de cette maladie qui touche plus particulièrement les personnes en situations de vulnérabilité.

Mieux classer pour mieux soigner


Informations complémentaires


"Les traitements médicamenteux de l’obésité restent très limités. Et si la chirurgie connaît un essor considérable, elle a aussi des limites.Les progrès récents réalisés dans la prise en charge de l’obésité tiennent à une approche plus globale, prenant en compte les dimensions comportementales mais aussi environnementales, la prévention et le traitement des complications…", poursuit le clinicien. Une approche globale et personnalisée, nécessaire face à une entité clinique si hétérogène : toutes les données accumulées montrent en effet que le retentissement de l’inflation de la masse grasse sur la santé dépend non seulement de l’importance de cet excès, mais aussi de sa nature (degré d’inflammation, taille des cellules), de sa distribution (abdominale, autour du foie, du cœur…) et des complications qu’elle entraîne... L’indice de masse corporelle est insuffisant pour juger de l’importance clinique de l’obésité. "Si la classification des pathologies du foie et du rein s’appuyait uniquement sur la mesure de la taille ou du poids de ces organes, l’hépatologie et la néphrologie seraient en bien mauvaise passe", ose Arnaud Basdevant. "Il ne faudrait plus parler de l’obésité, mais des maladies du tissu adipeux" : une nouvelle classification pour mieux décrire et mieux prendre en charge une maladie complexe.

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